Nous filmons ce que les Réunionnais emportent avec eux lorsqu’ils quittent leur île…

Le mardi, nous étions sur la plage de l’Ermitage. Le jeudi, dans les rues glacées de Brooklyn, par -17 degrés.

Entre ces deux mondes, il y avait Natie. Une Réunionnaise partie vivre à New York.

Nous l’avions découverte dans quelques articles de presse. C’était cette violoniste réunionnaise qui jouait avec Beyoncé et Jay-Z.

Pour la première fois, nous avions décidé de suivre quelqu’un ici, à La Réunion… puis à l’autre bout du monde, dans sa vie new-yorkaise.

Fin décembre, nous nous retrouvions au marché de Saint-Paul.

Trois semaines plus tard, un yellow cab nous déposait de nuit devant un hôtel du Queens. Dans le hall, une chaîne d’information américaine annonçait en boucle que New York allait vivre « la tempête du siècle ».

Cette histoire donnera naissance à trois films. Le premier, « Natie, le goût des origines », est déjà diffusé au moment où j’écris ces lignes.

On y voit Natie marcher pieds nus sur le sable chaud du lagon. Puis emmitouflée dans les rues enneigées de Brooklyn.

Et au fond, c’était exactement ce que nous voulions raconter : ce que devient un Réunionnais lorsqu’il traverse le monde sans jamais vraiment quitter son île intérieure.

Au départ, notre idée était de filmer les chefs réunionnais à l’autre bout du monde. Mais avec ce tournage, quelque chose a évolué.

Et en y repensant, cette question était déjà présente dans nos précédents films. À Paris, lors de notre immersion avec le chef Jean-Bernard Payet. À Montréal aussi, avec le chef Loïc Leperlier, installé dans la campagne québécoise.

Nous cherchions à comprendre ce qui reliait tous ces parcours au-delà de la cuisine.

Natie n’était pas cuisinière. Pourtant, elle nous a parlé de cuisine. Comme les autres.

Et au fil des heures de montage, une évidence s’est imposée.

Nous ne filmions pas simplement des recettes. Ni même des destinations.

Nous filmions ce que les Réunionnais emportent avec eux lorsqu’ils quittent leur île : des goûts, des gestes, une mémoire, une manière d’habiter le monde.

Peut-être est-ce là une des singularités profondes de La Réunion : une île née des croisements du monde… dont les habitants deviennent à leur tour des passeurs entre plusieurs cultures.

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